Comme le dit si bien Lévi-Strauss, “je hais les voyages et les explorateurs”, assure, un brin moqueur, Bernard Lortat-Jacob tout en s’installant dans un fauteuil en velours rouge. Un peu plus loin, au fond de son salon, trônent un piano et quelques partitions.

Passionné par la pratique musicale, l’ancien directeur du laboratoire d’ethnomusicologie au musée de l’Homme, aujourd’hui intervenant au centre d’ethnomusicologie de Nanterre associé au CNRS, évoque volontiers son rapport au voyage et son métier. Car l’un ne va pas sans l’autre.

La discipline de Bernard Lortat-Jacob le pousse sur les routes depuis vingt ans pour étudier de près l’interaction entre les chants populaires des peuples qu’il rencontre et l’organisation de leur société. L’objectif n’est ni le baroud, ni l’aventure mais la connaissance. “Le voyage est plutôt un mauvais moment à passer jusqu’à la rencontre avec l’autre”, confie-t-il.

Ses missions l’obligent à se mettre en rapport avec les populations locales, à s’intégrer dans leur quotidien. En 1973, lorsqu’il débarque dans les montagnes du Haut-Atlas chez les Ayt Arbaâ, une petite communauté berbère, il est loin d’être attendu. À l’époque, le pays est sous le règne d’Hassan II. Le chercheur débutant demande une autorisation à Rabat pour se rendre dans la vallée. L’obtention de celle-ci prendra des mois.

“C’était une période de tension politique, le pouvoir central voyait d’un mauvais œil ces peuples qui avaient une réputation guerrière.” Une première expérience qui lui sert de leçon. “J’ai appris ensuite à m’y rendre comme un cambrioleur ; j’avais gardé le contact lors de mon premier séjour avec une famillee importante du village. Je me suis appuyé sur son autorité pour me faire inviter dans les montagnes.”

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